lundi 28 janvier 2013

« Universités publiques ivoiriennes : quel Étudiant Nouveau pour un Départ Nouveau ? (*) »






« Autour de moi, une jeunesse malpropre considère l'ignorance comme un devoir. »

Alain BOSQUET, La fable et le fouet, Paris, Gallimard, 1995, p. 83

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Le lundi 3 septembre 2012 sera indubitablement une date mémorable donc historique pour toute la jeunesse estudiantine ivoirienne. En effet, c’est ce jour que s’est faite l’ouverture officielle des universités ivoiriennes rénovées après plus d’un an de fermeture pour cause de réhabilitation. Comme l’a dit le Chef de l’Etat « La décision de les fermer a été l`une des plus difficiles à prendre mais elle était nécessaire». La facture aussi est très salée : 110 milliards (selon AFP) gérés par le Programme Présidentiel d’Urgence. Il n’est point besoin de démontrer que les plus hautes autorités ivoiriennes sont préoccupées par le challenge de la remise en marche d’universités ivoiriennes dignes de ce nom. C’est un défi pour elles. Cet article n’a pas la prétention d’être exhaustif ou d’épuiser la question. C’est juste une contribution afin de susciter le débat sur la problématique essentielle de l’émergence du modèle de l’étudiant nouveau avec le départ nouveau annoncé dans les universités publiques ivoiriennes. Car il faut bien le dire, l’étudiant ivoirien n’a pas bonne presse et surtout une image positive dans l’imagerie collective nationale et même internationale.


Les NTICs et la formation de l’Etudiant Nouveau

« L’analphabète du XXIè siècle sera celui qui ne saura pas utiliser un ordinateur. » avait prévenu Bill Gates, le richissime américain fondateur de la célèbre Microsoft. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont révolutionné la manière de comprendre et de gérer le monde. On parle même aujourd’hui de gouvernance électronique. Dans plusieurs pays développés les NTICs sont utilisées pour promouvoir le développement durable en essayant de réduire la consommation de papiers dans les services publics et privés. En Europe cela a même créé un débat sur ce qu’on appelle la « e-démocratie ». (Cf. Moustapha MBENGUE, « Contribution de l’Internet à l’affirmation de la démocratie en Afrique noire francophone : le cas du Sénégal », Thèse de Doctorat en Science de l’Information et de la Communication Université Paris VIII Vincennes-Saint Denis, 334 p. soutenue le 20 octobre 2009 Sous la direction du Pr. Claude BALTZ, accessible sur internet ; Dominique BOURG, Kerry WHITESIDE, La démocratie Internet. Le citoyen, le savant et le politique, La République des idées/Seuil, 2010) Concernant l’université ivoirienne, qui se veut innovante, c’est une aubaine à ne pas rater.


Facebook, Twitter et blogosphère

Les réseaux sociaux sont devenus tellement influents que plusieurs d’entre nous internautes en avons fait presqu’une confidente. Sans souscrire à la thèse qui voudrait que l’émotion soit nègre et la raison hellène, les jeunes africains dans leur immense majorité n’ont retenu que de ceux-ci (facebook et twitter) que leur utilisation « émotionnelle ». Pendant qu’ailleurs ils ont été le vecteur de changements et de mobilisation pour des causes citoyennes (Révolution en Tunisie, mouvement « Y en a marre » au Sénégal), ici (en Afrique noire) on utilise ces puissants moyens de communication comme autocélébration personnelle. Ces réseaux sociaux sont utilisés pour faire sa publicité c’est-à-dire montrer et partager ses photos, s’enorgueillir de sa suffisance matérielle ou physique etc. certains mêmes à des fins condamnables comme des arnaques et autres faits cybercriminels.
Pour cet étudiant nouveau que nous appelons de tous nos vœux, ces réseaux sociaux devront servir de tremplin à l’acquisition de nouvelles connaissances et pour l’organisation de débats enrichissants et constructifs. Par exemple chaque niveau de chaque faculté ou d’UFR devrait impérativement créer un groupe sur facebook ou un blog pour faire partager en temps réel des informations de dernière heure comme les changements de salles de cours, des dates de compositions, l’absence ou la disponibilité d’un enseignant et aussi et surtout des conseils et astuces pour mieux comprendre un cours ou traiter un sujet. On utilisera aussi les forums pour organiser des débats et faire des sondages et des propositions en vue de l’amélioration de certains services de nos UFR : liste de travaux dirigés, affichage de résultats, réclamations après les compositions, corrigés d’exercices et autres exposés à déposer…
Nous suggérerons une utilisation « massive » d’un outil bien connu de communication en l’occurrence « skype » en vue de permettre aux étudiants d’échanger entre eux et surtout avec les enseignants sur des sujets utiles comme par exemple des cours ou des sujets importants ayant un lien avec sa formation. Des enseignants pourraient même enregistrer leurs cours en format audio ou des explications approfondies pour les mettre sur ces réseaux sociaux ou sur youtube par exemple. Dans ce cas au lieu de mettre des musiques dans leurs gadgets high tech (portables, ipad, iphone …), les étudiants devront télécharger ces cours audio.
C’est le lieu de manifester notre infinie gratitude au gouvernement et surtout au Chef de l’Etat pour avoir installé des bornes wifi sur les campus en vue d’un accès gratuit à une connexion internet d’une exceptionnelle qualité. Mais nous pensons que cela doit être accompagné d’une politique pour faciliter l’acquisition d’ordinateur portable ou de mini-ordinateur par les étudiants condition sine qua none pour faire profiter un maximum d’étudiant. Cela a bien marché au Sénégal par exemple. Cela permettra à l’étudiant qui se voudrait sérieux et consceint de multiplier ses sources d’acquisition de connaissances nouvelles et de se perfectionner en usant avec intelligence de cet outil, internet, dont on ne mesure pas encore pleinement l’efficacité sous nos tropiques. Il pourra même entrer en contact avec des condisciples d’autres pays dont il partage les mêmes intérêts. Il faut cependant mettre en garde contre certains comportements qui pourraient mettre à mal les innovations annoncées : nous voulons parler de l’épineuse question de la piraterie et par conséquent celui des téléchargements illégaux de musiques. Des esprits simplistes pourraient nous reprocher cette mise en garde. Même dans plusieurs pays occidentaux ce problème se pose avec acuité actuellement au point où en France cela a du faire l’objet de débats et de vote de loi au parlement même. On pourra aussi mettre en garde le personnel d’encadrement et les enseignants contre ce qu’on pourrait appeler « la tricherie ou la fraude high-tech ». Il s’agit ici d’aller au-delà de la tricherie classique lors des exercices et compositions mais celle par exemple des mémoires de recherche de fin de cycle qui pourraient résulter de plagiats. Des milliers de travaux de recherches sont en ligne, la tentation sera grande. Si même des enseignants ont été soupçonnés dans ce domaine, c’est qu’il faut se méfier aussi de leurs disciples qui somme toute sont souvent des partisans du moindre effort. C’est connu.  Cela veut incontestablement dire que la question est importante ne mérite donc pas d’être rejeté aux calendes grecques.

Quelques suggestions pour la naissance de l’étudiant nouveau :
-être responsable et savoir qu’il a obligation de résultats en matière d’excellence et de mérite car la société ivoirienne a le droit et même le devoir d’exiger de lui des engagements après un tel « sacrifice » des contribuables pour lui offrir les conditions « idéales » d’étude et de travail,
-Faire la promotion de la saine émulation en rivalisant en excellence dans sa faculté ou son UFR,
-respecter l’administration et le Maître. Avoir pour ce dernier une admiration et un respect perpétuels en l’ayant constamment comme modèle,
-  ce dernier doit savoir qu’il n’y a pas d’avenir par procuration ou pour être plus clair on ne construit pas l’avenir à la place de quelqu’un. Chacun est maître de son destin,
-être un lecteur perpétuellement affamé car comme le dit l’écrivain français Marcel Proust le goût de la lecture croît avec l’intelligence,
-pour les réseaux sociaux et autres blogs, un étudiant pourra suggérer la consultation de sites internet à ses amis et aux enseignants en mentionnant l’adresse url ou le raccourci,
J’espère que la jeunesse estudiantine sera à la hauteur du défi et de l’espérance que la société ivoirienne attend d’elle. Et comme le disait Mahatma Gandhi, étudiant ivoirien : « Sois le Changement que Tu veux voir dans le Monde. » Ce n’est pas un choix, c’est un Devoir.

(*)Publié par le quotidien gouvernemental Fraternité Matin en deux parties en ses numéros 14.459 et 14.460 du samedi 6 et lundi 8 octobre 2012 à la page 3 dans sa rubrique « Débats et Opinions »



(*) Extrait du tapuscrit d'un opuscule en préparation : Pour l'avènement de l'Etudiant Nouveau

2 commentaires:

  1. Je ne puis qu'aller dans le même sens que toi. L'université nouvelle implique un étudiant nouveau. Et cela devrait aussi passer, nécessairement, par la constitution d'associations estudiantines moins syndicalistes qu'intellectuelles.

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  2. Merci Cher ami ! Félicitations pour ton livre publié !
    Le Maître Confucius disait " Un chien n'est pas un bon chien parce qu'il aboi bien ! " autrement dit ce n'est pas par des discours qu'on donne de l'éclat à sa vie mais par des actes et la Pensée créatrice est un acte salvateur et salvifique !

    Le Penseur

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